Il est posé là, devant les fleurs du jardin, avant son grand départ. Je voulais qu’il vive encore un peu. Je l’ai pris en photo. Il est usé d’avoir servi et d’avoir été porté.
Porté par ma mère, surement par mon père, quand il l’accompagnait au train.
Porté par tant d’autres mains, quand les mains de ma mère ne pouvaient plus.
Le sac de ma mère, c’était un sac pour des voyages qu’elle faisait seule, sans mon père. Il ne fallait pas qu’il soit trop lourd. Je ne sais pas comment elle l’avait choisi, mais il me rappelle ses arrivés et ses départs.
Ma mère est dans son dernier lieu de vie. Son sac l’a suivi.
Sac d’une femme, ou les mouchoirs bien repassés se calent dans un coin. Les trousses de toilette successives étaient aussi de la partie.
Sac de ma mère, intimité, ce qu’elle transportait. Sa vie.
Sac de voyage poussé au fond d’une armoire, en attendant d’être de nouveau en mouvement.
Un jour, le sac est resté dans mon garage. Je le voyais de temps en temps, objet identifié des voyages de ma mère, de sa présence, de ses kilomètres qu’elle a fait.
Pour venir voir ses filles, petits enfants, gendres en Haute-Savoie, à Drancy, à Maurepas, il lui a fallu être forte pour remplir ce sac.
Mon père ne voulait pas bouger. Emancipation d’une femme ma mère.
A travers ton sac, ma mère, je te rends hommage.
Regardes, je l’ai posé devant les fleurs du jardin, les fleurs que tu aimes tant.
Il est sorti du garage, le tri est fait, le sac est vidé, il va partir à la déchetterie.
Mon compagnon sera le dernier à porter ton sac, et c’est bien comme cela.
